Bonjour

Bienvenue sur ce blog, recueil de mythes, contes et légendes de tout temps et de tout lieu.
Bonne lecture...


Oyé oyé...

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lundi 30 mars 2009

Chacun et chaque chose à sa place


C'était il y a plus de cent ans.

Il y avait derrière la forêt, près du grand lac, un vieux manoir entouré d'un fossé profond où croissaient des joncs et des roseaux. Tout près du pont qui conduisait à la porte cochère, il y avait un vieux saule qui penchait ses branches au-dessus du fossé.Dans le ravin retentirent ssoudain le son du cor et le galop des chevaux. La petite gardeuse d'oies se dépêcha de ranger ses oies et de laisser le pont libre à la chasse qui arrivait à toute bride. Ils allaient si vite, que la fillette dut rapidement sauter sur une des bornes du pont pour ne pas être renversée. C'était encore une enfant délicate et mince, mais avec une douce expression de visage et deux yeux clairs ravissants.
Le seigneur ne vit pas cela ; dans sa course rapide, il faisait tournoyer la cravache qu'il tenait à la main. Il se donna le brutal plaisir de lui en donner en pleine poitrine un coup qui la renversa.
- Chacun à sa place ! cria-t-il.

Puis il rit de son action comme d'une chose fort amusante, et les autres rirent également. Toute la société menait un grand vacarme, les chiens aboyaient et on entendait des bribes d'une vieille chanson : De beaux oiseaux viennent avec le vent ! La pauvre gardeuse d'oies versa des larmes en tombant ; elle saisit de la main une des branches pendantes du saule et se tint ainsi suspendue au- dessus du fossé.

Quand la chasse fut passée, elle travailla à sortir de là, mais la branche se rompit et la gardeuse d'oies allait tomber à la renverse dans les roseaux, quand une main robuste la saisit. C'était un cordonnier ambulant qui l'avait aperçue de loin et s'était empressé de venir à son secours.
- Chacun à sa place ! dit-il ironiquement, après le seigneur, en la déposant sur le chemin. Il remit alors la branche cassée à sa place.
«A sa place », c'est trop dire. Plus exactement il la planta dans la terre meuble.
- Pousse si tu peux, lui dit-il, et fournis-leur une bonne flûte aux gens de là haut !

Puis il entra dans le château, mais non dans la grande salle, car il était trop peu de chose pour cela. Il se mêla aux gens de service qui regardèrent ses marchandises et en achetèrent. A l'étage au-dessus, à la table d'honneur, on entendait un vacarme qui devait être du chant, mais les convives ne pouvaient faire mieux. C'étaient des cris et des aboiements ; on faisait ripaille. Le vin et la bière coulaient dans les verres et dans les pots ; les chiens de chasse étaient aussi dans la salle. Un jeune homme les embrassa l'un après l'autre, après avoir essuyé la bave de leurs lèvres avec leurs longues oreilles. On fit monter le cordonnier avec ses marchandises, mais seulement pour s'amuser un peu de lui. Le vin avait tourné les têtes.
On offrit au malheureux de boire du vin dans un bas.
- Presse-toi! lui cria-t-on. C'était si drôle qu'on éclata de rire !
Puis ce fut le tour des cartes ; troupeaux entiers, fermes, terres étaient mis en jeu.
- Chacun à sa place ! s'écria le cordonnier, quand il fut sorti de cette Sodome et de cette Gomorrhe, selon ses propres termes. Le grand chemin, voilà ma vraie place. Là-haut je n'étais pas dans mon assiette.

Et la petite gardeuse d'oies lui faisait du sentier un signe d'approbation. Des jours passèrent et des semaines. La branche cassée que le cordonnier avait planté ça sur le bord du fossé était fraîche et verte, et à son tour produisait de nouvelles pousses. La petite gardeuse d'oies s'aperçut qu'elle avait pris racine ; elle s'en réjouit extrêmement, car c'était son arbre, lui semblait-il. Mais si la branche poussait bien, au château, en revanche, tout allait de mal en pis, à cause du jeu et des festins : ce sont là deux mauvais bateaux sur lesquels il ne vaut rien de s'embarquer. Dix ans ne s'étaient point écoulés que le seigneur dut quitter le château pour aller mendier avec un bâton et une besace.

La propriété fut achetée par un riche cordonnier, celui justement que l'on avait raillé et bafoué et à qui on avait offert du vin dans un bas. La probité et l'activité sont de bons auxiliaires ; du cordonnier, ils firent le maître du château. Mais à partir de ce moment, on n'y joua plus aux cartes.
- C'est une mauvaise invention, disait le maître. Elle date du jour où le diable vit la Bible. Il voulut faire quelque chose de semblable et inventa le jeu de cartes. Le nouveau maître se maria ; et avec qui ? Avec la petite gardeuse d'oies qui était toujours demeurée gentille, humble et bonne. Dans ses nouveaux habits, elle paraissait aussi élégante que si elle était née de haute condition. Comment tout cela arriva-t-il ? Ah ! c'est un peu trop long à raconter ; mais cela eut lieu et, encore, le plus important nous reste à dire. On menait une vie très agréable au vieux manoir. La mère s'occupait elle-même du ménage ; le père prenait sur lui toutes les affaires du dehors. C'était une vraie bénédiction; car, là où il y a déjà du bien-être, tout changement ne fait qu'en apporter un peu plus.
Le vieux château fut nettoyé et repeint; on cura les fossés, on planta des arbres fruitiers. Tout prit une mine attrayante. Le plancher lui-même était brillant comme du cuivre poli. Pendant les longs soirs d'hiver, la maîtresse de la maison restait assise dans la grande salle avec toutes ses servantes, et elle filait de la laine et du lin.

Chaque dimanche soir, on lisait tout haut un passage de la Bible. C'était le conseiller de justice qui lisait, et le conseiller n'était autre que le cordonnier colporteur, élu à cette dignité sur ses vieux jours.

Les enfants grandissaient, car il leur était né des enfants; s'ils n'avaient pas tous des dispositions remarquables, comme cela arrive dans chaque famille, du moins tous avaient reçu une excellente éducation. Le saule, lui, était devenu un arbre magnifique qui grandissait libre et non taillé.
- C'est notre arbre généalogique ! disaient les vieux maîtres; il faut l'honorer et le vénérer, enfants.

Et même les moins bien doués comprenaient un tel conseil. Cent années passèrent. C'était de nos jours. Le lac était devenu un marécage; le vieux château était en ruines. On ne voyait là qu'un petit abreuvoir ovale et un coin des fondations à côté; c'était ce qui restait des profonds fossés de jadis. Il y avait là aussi un vieil et bel arbre qui laissait tomber ses branches. C'était l'arbre généalogique. On sait combien un saule est superbe quand on le laisse croître à sa guise. Il était bien rongé au milieu du tronc, de la racine jusqu'au faîte ; les orages l'avaient bien un peu abîmé, mais il tenait toujours, et dans les fentes où le vent avait apporté de la terre, poussaient du gazon et des fleurs. Tout en haut du tronc, là où les grandes branches prenaient naissance, il y avait tout un petit jardin avec des framboisiers et des aubépines. Un petit arbousier même avait poussé, mince et élancé, sur le vieil arbre qui se reflétait dans l'eau noire de l'abreuvoir. Un petit sentier abandonné traversait la cour tout près de là.

Le nouveau manoir était sur le haut de la colline, près de la forêt. On avait de là une vue superbe. La demeure était grande et magnifique, avec des vitres si claires qu'on pouvait croire qu'il n'y en avait pas. Rien n'était en discordance.
«Tout à sa place ! » était toujours le mot d'ordre.
C'est pourquoi tous les tableaux qui, jadis, avaient eu la place d'honneur dans le vieux manoir étaient suspendus maintenant dans un corridor. N'étaient-ce pas des «croûtes», à commencer par deux vieux portraits représentant, l'un, un homme en habit rouge, coiffé d'une perruque, l'autre, une dame poudrée, les cheveux relevés, une rose à la main ? Une grande couronne de feuilles de saule les entourait. Il y avait de grands trous ronds dans la toile; ils avaient été faits par les jeunes barons qui, tirant à la carabine, prenaient pour cible les deux pauvres vieux, le conseiller de justice et sa femme, les deux ancêtres de la maison. Le fils du pasteur était précepteur au château.

Il mena un jour les petits barons et leur sœur aînée, qui venait d'être confirmée, par le petit sentier qui conduisait au vieux saule. Quand on fut au pied de l'arbre, le plus jeune des barons voulut se tailler une flûte comme il l'avait déjà fait avec d'autres saules, et le précepteur arracha une branche.
- Oh! ne faites pas cela! s'écria, mais trop tard, la petite fille. C'est notre illustre vieux saule! Je l'aime tant! On se moque de moi pour cela, à la maison, mais cela m'est égal. Il y a une légende sur le vieil arbre ...

Elle conta alors tout ce que nous venons de dire au sujet de l'arbre, du vieux château, de la gardeuse d'oies et du colporteur dont la famille illustre et la jeune baronne elle-même descendaient. Ces braves gens ne voulaient pas se laisser anoblir, dit- elle.
«Chacun et chaque chose à sa place» était leur devise. L'argent ne leur semblait pas un titre suffisant pour qu'on les élevât au-dessus de leur rang. Ce fut leur fils, mon grand-père, qui devint baron. Il avait de grandes connaissances et était très considéré et très aimé du prince et de la princesse qui l'invitaient à toutes leurs fêtes. C'était lui que la famille révérait le plus, mais je ne sais pourquoi, il y a en moi quelque chose qui m'attire surtout vers les deux ancêtres. Ils devaient être si affables, dans leur vieux château où la maîtresse de la maison filait assise au milieu de ses servantes et où le maître lisait la Bible tout haut.
Le précepteur prit la parole:
- Il est à la mode dit-il, chez nombre de poètes, de dénigrer les nobles, en disant que c'est chez les pauvres, et, de plus en plus, à mesure qu'on descend dans la société, que brille la vraie noblesse. Ce n'est pas mon avis; c'est chez les plus nobles qu'on trouve les plus nobles traits. Ma mère m'en a conté un, et je pourrais en ajouter plusieurs. Elle faisait visite dans une des premières maisons de la ville où ma grand-mère avait, je crois, été gouvernante de la maîtresse de la maison. Elle causait dans le salon avec le vieux maître, un homme de la plus haute noblesse. Il aperçut dans la cour une vieille femme qui venait, appuyée sur des béquilles.

Chaque semaine, on lui donnait quelques shillings.
- La pauvre vieille! Elle a bien du mal à marcher! dit-il.
« Et, avant que ma mère s'en fût rendu compte, il était en bas, à la porte; ainsi lui, le vieux seigneur octogénaire, sortait pour épargner quelques pas à la vieille et lui remettre ses shillings. Ce n'est qu'un simple trait; mais, comme l'aumône de la veuve, il va droit au cœur et le fait vibrer. C'est ce but que devraient poursuivre les poètes de notre temps; pourquoi ne chantent-ils pas ce qui est bon et doux, ce qui réconcilie ?»
Mais il est vrai qu'il y a un autre genre de nobles.
- Cela sent la roture, ici ! disent-ils aux bourgeois.
«Ces nobles-là, oui, ce sont de faux nobles, et l'on ne peut qu'applaudir à ceux qui les raillent dans leurs satires. »

Ainsi parla le précepteur. C'était un peu long, mais aussi, l'enfant avait eu le temps de tailler sa flûte. Il y avait grande réunion au château: hôtes venus de la capitale ou des environs, dames vêtues avec goût ou sans goût. La grande salle était pleine d'invités. Le fils du pasteur se tenait modestement dans un coin. On allait donner un grand concert. Le petit baron avait apporté sa flûte de saule, mais il ne savait pas souffler dedans, ni son père non plus. Il y eut de la musique et du chant. S'y intéressèrent surtout ceux qui exécutèrent. C'était bien assez, du reste.
- Mais vous êtes aussi un virtuose! dit au précepteur un des invités. Vous jouez de la flûte. Vous nous jouerez bien quelque chose ?

En même temps, il tendit au précepteur la petite flûte taillée près de l'abreuvoir. Puis il annonça très haut et très distinctement que le précepteur du château allait exécuter un morceau sur la flûte. Le précepteur, comprenant qu'on allait se moquer de lui, ne voulait pas jouer, bien qu'il sût. Mais on le pressa, on le força, et il finit par prendre la flûte et la porter à sa bouche.Le merveilleux instrument ! Il émit un son strident comme celui d'une locomotive; on l'entendit dans tout le château, et par-delà la forêt.

En même temps s'élevait une tempête de vent qui sifflait :

- Chacun à sa place! Le maître de la maison, comme enlevé par le vent, fut transporté à l'étable. Le bouvier fut emmené, non dans la grande salle, mais à l'office, au milieu des laquais en livrée d'argent. Ces messieurs furent scandalisés de voir cet intrus s'asseoir à leur table ! Dans la grande salle, la petite baronne s'envola à la place d'honneur, où elle était digne de s'asseoir. Le fils du pasteur prit place près d'elle ; tous deux semblaient être deux mariés. Un vieux comte, de la plus ancienne noblesse du pays, fut maintenu à sa place, car la flûte était juste, comme on doit l'être. L'aimable cavalier à qui l'on devait ce jeu de flûte, celui qui était fils de son père, alla droit au poulailler. La terrible flûte!

Mais, fort heureusement, elle se brisa, et c'en fut fini du: «Chacun à sa place! »

Le jour suivant, on ne parlait plus de tout ce dérangement. Il ne resta qu'une expression proverbiale: «ramasser la flûte » . Tout était rentré dans l'ancien ordre. Seuls, les deux portraits de la gardeuse d'oies et du colporteur pendaient maintenant dans la grande salle, où le vent les avait emportés. Un connaisseur ayant dit qu'ils étaient peints de main de maître, on les restaura. «Chacun et chaque chose à sa place !»

On y vient toujours. L'éternité est longue, plus longue que cette histoire.

mercredi 25 mars 2009

Prométhée et Pandore

Bien que Prométhée ne se soit pas opposé à Zeus comme les autres Titans, il n'admettait pas la défaite de sa race et cherchait à se venger en favorisant les hommes qui, traités à l'origine en égaux, à l'époque de Cronos, étaient maintenant considérés comme inférieurs aux dieux.
Furieux de la protection accordée par Prométhée à la nouvelle race, Zeus se vengea en privant de feu les humains qui furent obligés de vivre sans chaleur et sans lumière. Prométhée vint à leur aide, déroba une flamme à la forge du dieu Héphaïstos et la cacha dans la tige d'une férule.
Zeus demanda à Héphaïstos de façonner Pandore, la première femme, avec de la terre. Athéna et les autres déesses lui offrirent la beauté, l'élégance et le charme, et Hermès lui apprit la duperie, puis elle fut envoyée auprès d'Epiméthée, le frère de Prométhée avec une jarre ("la Boîte de Pandore") en cadeau.

Là, elle ouvrit la boîte dont s'échappèrent les maux et les maladies. Seule l'Espérance resta au fond.
Ayant ainsi puni les hommes, Zeus se tourna vers Prométhée et envoya un aigle lui dévorer le foie, celui-ci ,repoussait et son supplice recommençait. Le martyre de Prométhée dura des milliers d'années jusqu'à ce qu'Héraclès vienne le délivrer.


Les mythes de Prométhée et Pandore avaient fonction d'expliquer les épreuves qui assaillent l'humanité. L'histoire de Pandore, créée après l'homme et cause de nombreux maux, justifiait aux yeux des Grecs l'infériorité sociale de la femme.

Christou

Il était une fois.... un petit garçon qui s'appelait Christou.
Il avait tout juste 8 ans et aurait pu être très mignon s'il n'avait eu ce sacré défaut d'être très paresseux. Il n'aidait jamais sa maman, ne rangeait pas les jouets qu'il répandait partout dans sa chambre. Il ne voulait pas non plus travailler à l'école, l'école qu'il détestait par dessus tout. Bref, il ne voulait jamais rien faire. Sa maman et son papa se désespéraient d'avoir un petit garçon aussi peu courageux. Un petit garçon qui ne faisait rien de ses dix doigts.
Justement ses dix doigts, parlons-en !
Une nuit, alors que le petit Christou dormait, la fée bleue (celle qui avait allongé le nez de Pinochio la petite marionnette qui avait menti), eh bien la fée bleue, était venue au chevet du garçonnet et avait levé par trois fois sa baguette magique d'où jaillissaient des étoiles multicolores. Et, en même temps qu'elle faisait tournoyer sa baguette, elle prononça quelques paroles incompréhensibles pour nous les humains. Des paroles de fée.
Le lendemain matin, quand le petit garçon se réveilla, il fut surpris de voir que les doigts de ses deux mains ouvertes restaient écartés.Il avait beau tenter de les plier, de refermer ses mains, IMPOSSIBLE.......Rien à faire il n'y arrivait pas !
Sur que cette anomalie était inquiétante et le petit Christou se mit à pleurer très fort.
Pourtant, le plus dur restait à venir. Quand Christou se mit à table pour prendre son petit déjeuner, impossible pour lui de prendre sa tartine. Essaies donc de prendre quelque chose en tenant tes mains grandes ouvertes et les doigt bien écartés. Pas facile hein !
Eh bien c'était pareil pour Christou. S'il a pu avaler quelques bouchées au petit déjeuner, le midi et le soir, c'est parceque sa maman lui donnait à manger comme à un petit bébé.
Pas drôle tout ça !
Aujourd'hui il n'irait pas à l'école ! Forcément il serait bien incapable d'ouvrir un livre, prendre un cahier ou tenir un crayon. Ne pas aller à l'école l'aurait bien arrangé hier, mais là ce n'était pas drôle, surtout qu'il ne pouvait même pas jouer à la maison car saisir un jouet lui était interdit. Durant deux jours sa maman cru que ce qui arrivait à son petit garçon ne durerait pas, que ses mains finiraient par refonctionner comme avant. Mais rien ! Rien du tout ! Les doigts du petit garçon refusaient de se plier et demeuraient raides comme des bouts de bois.
On appela le docteur. Ce dernier, après une longue observation des mains du garçonnet, se déclara incompétent. Je ne puis guérir une telle maladie ! déclara t-il. La maladie des doigt écartés, vous pensez, personne ne connait !
Si le docteur lui même ne parvenait pas à guérir Christou, qui donc pourrait le faire ? Christou lui même ? Et pourquoi pas ?
Après quatre jours d'inquiétude et durant lesquels notre petit paresseux versa des torrents de larmes et trois longues nuits peuplées de vilains rêves, le garçon entre deux pleurs finit par dire à haute voix : "Si seulement je retrouvais l'usage de mes doigts,de mes mains, j'aiderais ma maman, mon papa ! Comme j'aimerai pouvoir à nouveau écrire, tenir un livre de classe et faire comme tous mes petits camarades ! Je pourrais même aider ma mamie à éplucher les haricots, elle qui a tant mal à ses pauvres mains. Je pourrais aussi aider papy à arroser le jardin en lui portant des arrosoirs d'eau".
Tout cela, et bien d'autres choses que l'on fait dans la vie courante, Christou souhaitait de tout son coeur pouvoir le faire ou le refaire un jour.
Il le souhaitait si fort que la fée bleue qui, comme toutes les fées, avait l'oreille fine, entendit les paroles du petit garçon. Et, ce soir là, elle revint visiter la chambre de Christou et brandit, une nouvelle fois, sa longue baguette magique.
Elle prononça encore quelques paroles incompréhensibles puis, après avoir déposé un bisou sur le front du petit garçon qui dormait, elle disparut d'un seul coup, comme par enchantement.
A son réveil, Christou constata avec bonheur qu'il pouvait fermer ses mains, remuer les doigts, les plier et les déplier à sa guise.
"Maman ! Maman ! s'écria t-il. Je suis guéri, guéri ! "
La leçon donnée par la fée fut, sans nul doute, très profitable car, ce matin là, Christou avala à toute vitesse son petit déjeuner. Il n'avait qu'une hâte, aller à l'école et retrouver ses copains de classe.
Les jours suivants, comme il l'avait promis, il aida sa maman de son mieux, son papa, sa mamie et son papy.
Au départ, bien sûr, c'était par peur de perdre à nouveau l'usage de ses mains mais, très vite, il compris combien il était agréable d'aider les autres, et que l'on avait plus grand plaisir à travailler qu'à ne rien faire.

mardi 24 mars 2009

Horus et Seth

Mythologie égyptienne.

Dans les plus anciennes versions, Horus et Seth semblent frères mais, plus tard, ils sont considérés comme neveu et oncle. A la mort de son frère Osiris, Seth s'était emparé du pouvoir. Horus se rendit devant un tribunal divin présidé par Geb ou Rê et revendiqua l'héritage de son père. Chou et Thot déclarèrent qu'Horus était dans son droit. Le dieu Soleil, mécontent que son opinion n'eût pas été demandée en premier lieu, rejeta le verdict. Un des dieux l'ayant insulté, il se retira dans sa tente pour bouder. Plus tard, il retrouva sa bonne humeur et demanda à Seth et à Horus de s'expliquer. Seth déclara mériter le royaume parce qu'il était le seul assez fort pour défendre la barque du soleil. Certains dieux de l'Ennéade l'approuvèrent mais Isis les fit changer d'avis.

Seth refusant de poursuivre le procès en présence d'Isis, le dieu Soleil décida que le conseil se réunirait sur une île. Le passeur divin Anti reçut l'ordre de ne pas prendre Isis sur son bateau. La déesse se déguisa donc en vieille femme et acheta Anti avec une bague d'or. Une fois sur l'île, elle se transforma en belle femme pour séduire Seth. Elle demanda au dieu de l'aider, racontant qu'elle était la veuve d'un berger, et qu'un étranger avait volé les troupeaux à son fils unique. Seth déclara qu'il était injuste qu'un fils soit dépouillé de son héritage. Isis se transforma en oiselle et s'envola dans un arbre, disant à Seth qu'il s'était condamné lui-même.

Seth se plaignit de cet incident à l'Ennéade qui punit Anti en lui coupant les orteils. Seth défia alors Horus, l'invitant à se mesurer à lui : il proposa qu'ils se métamorphosent tous les deux en hippopotame et qu'ils essaient de rester trois mois sous l'eau. Horus accepta mais Isis, craignant que son fils perde, fabriqua un harpon de cuivre qu'elle jeta dans l'eau. Elle toucha d'abord Horus par accident puis harponna Seth qui demanda grâce. Isis eut pitié de lui et le relâcha. Horus fut tellement irrité qu'il sortit de l'eau, coupa la tête de sa mère et s'enfuit en l'emportant dans les collines du désert. Isis se transforma en statue de pierre et retourna auprès de l'assemblée des dieux mais Thot la reconnut. Le dieu Soleil ordonna à l'Ennéade de punir Horus pour la blessure infligée à sa mère. Seth le trouva endormi et lui arracha les yeux, mais Hathor lui rendit la vue en le soignant avec du lait de gazelle.

Horus demanda de nouveau justice et les dieux écrivirent à Osiris défunt. En réponse, il exigea de savoir pourquoi son fils avait été dépouillé de son héritage et menaça d'envoyer les démons du Monde souterrain au royaume des dieux. Le dieu Soleil accepta finalement qu'Horus devienne roi. Seth fut forcé d'accepter le jugement et Isis se réjouit de voir enfin son fils couronné. Le dieu Soleil appela Seth pour vivre avec lui dans le ciel où il devint le dieu des Orages.

jeudi 19 mars 2009

Lady Godiva

Au début de l'an 1000, les habitants de la ville de Coventry en Angleterre menait une existance difficile, étant écrasé sous le poids des impôts que prélevait le Comte Léofric de Chester pour financer ses campagnes militaires.
Sa jeune épouse Lady Godiva (Godwa ou Godgifu en saxon) eut pitité de ces gens et implora Léofric de diminuer le taux de taxation. Il accepta à la condition qu'elle traverse nue la place du marché de Coventry, ce qu'elle fit à cheval, sa longue chevelure dissimulant son corps.

Un embellissement plus tardif de la légende raconte que Godiva demanda à tous les habitants de rester chez eux, volets fermés. Et que seul un tailleur appelé Peeping Tom osa regarder la scène par la fente d'un volet. Mal lui en prit, car il perdit aussitôt la vue.


Histoire: Lady Godiva (d. c. 1010 - 1067) était une Saxonne de sang noble. Épouse de Léoric, compte de Chester (d.1057), la contesse était une pieuse bienfaitrice qui par des dons de son époux et d'elle même fit édifier deux monastères: un à Coventry et un second à Stow.

La pierre merveilleuse



Une femme-Korrigan se trouvait sur le point de donner le jour à un enfant. Elle envoya chercher une vieille sage-femme de sa connaissance à la ville voisine.


Après la naissance de l'enafnt, et lorsque la sage-femme l'eut emmailloté à la manière ordinaire et se fut assise au coin du foyer pour le chauffer, la mère lui dit:
"Cherchez là, ma commère, au coin de l'armoire, et vous trouverez une pierre ronde. Frottez-en les yeux de mon enfant."
"Qu'est-ce que cela signifie?" demanda la sage-femme. "Cette pierre aurait-elle donc quelque propriété merveilleuse?"se demanda-t-elle, intriguée.
Et pour s'en assurer, après avoir appliqué la pierre sur les yeux de l'enfant, elle s'en frotta l'oeil droit.

La pierre donnait la faculté aux personnes dont elle avait touché les yeux de voir les Korrigans lorsqu'ils étaient invisibles. A quelque temps de là, la sage-femme se rendit à une grande foire qui se tenait dans un bourg voisin. Elle fut bien surprise lorsqu'elle arriva à apercevoir sa commère, la femme-Korrigan, qui furetait dans les boutiques les plus richement garnies, et qui prenait, parmi les marchandises, celles qui lui plaisait le plus, sans que les marchands parussent en être surpris.


Le soir, s'en retournant chez elle, la sage-femme rencontra en chemin la femme-Korrigan, qui portait un lourd panier rempli d'étoffes de la plus grande richesse.
"Ah! Commère!, lui dit-elle en l'abordant, vous avez fait aujourd'hui une rude brèche aux étalages et aux boutiques d'étoffes, et pourtant, elles ne vous ont pas coûté bien cher!"
"Oh, oh!, lui répondit la femme-Korrigan, vous m'avez vue les payer, et de quel oeil me voyez-vous maintenant?"
"De l'oeil droit, lui répondit la sage-femme."
C'était celui qui avait été en contact avec la pierre mystérieuse.
Aussitôt la femme-Korrigan enfonça un de ses doigts dan l'oeil que la malheureuse commère veanit de lui désigner, l'arracha de son orbite et lui dit avec un ricanement digne du diable:
"Vous ne me verrez plus à présent!"

Et désormais, la sage-femme fut borgne et ne vit plus jamais les Korrigans lorsque ceux-ci étaient invisibles.

mardi 17 mars 2009

Belle comme la lune

L'on raconte qu'aux temps anciens, il était une jeune femme très belle, aussi belle que la lune. Et cette femme, les nuits de pleine lune, se fardait, peignait et parfumait ses longs cheveux, revêtait ses habits les plus riches, se parait de tous ses bijoux et sortait.
Pour mieux découvrir le ciel, elle gagnait une hauteur. Et là, elle levait son visage resplendissant vers la lune et lui demandait :
- Qui de nous est la belle, Ô lune, qui de nous est la belle ? Et la lune lui répondait :
- Toi et moi sommes également belles, mais la fille que tu portes en toi nous passera en beauté.
Et la jeune femme se lamentait et maudissait l'enfant qui était dans son sein.
Pendant des mois, elle se tourna ainsi vers la lune pour lui demander :
- Qui de nous est la belle, Ô lune, qui de nous est la belle ? Et chaque fois la lune répondait :
- Toi et moi sommes également belles, mais la fille que tu portes en toi nous passera en beauté.
Au terme de sa grossesse, elle mit au monde une fille à la chevelure d'or, une fille aussi belle que lune en plein ciel. On l'appela Jedjiga : Fleur. Chaque jour augmentait sa beauté. Les voisines disaient à sa mère :
- Certes, belle tu l'es. Mais la beauté de ta fille éclipsera la tienne.
Et la jeune femme, en entendant ses mots, sentait le poignard de la jalousie la transpercer. Elle se dit dans son cœur :
Lorsque cette enfant sera devenue adolescente, nul ne me regardera plus.
L'enfant avait huit ans. Elle était pleine de vie et de grâce. Sa mère lui dit un soir :
- Demain, nous mettrons sur le métier une grande couverture. Nous irons planter les montants dans la campagne. La voisine nous accompagnera.
Au matin, elle prit deux montants bien solides et une grosse pelote de laine. Elle appela la
voisine et toutes deux partirent emmenant la fillette. Elles laissèrent le village loin derrière elles et atteignirent une colline. Elles s'arrêtèrent. La mère dit alors à l'enfant :
- Nous allons enfoncer les montants dans la terre. Toi, tu feras courir la laine entre nous. Te voici grande, tu pourras bien tenir la pelote ?
La mère savait bien ce qu'elle faisait. La fillette se mit à faire courir la laine.
- Plus vite ! Plus vite ! lui dit sa mère.
La pelote était lourde. Elle s'échappa des mains de l'enfant et se mit à rouler.
- Cours et rattrape-la ! Cria la mère.
L'enfant s'élança. La mère coupa le fil et la pelote roula plus vite, encore plus vite, entraînant Jedjigha vers le ravin. Puis brusquement, la pelote disparût.
La fillette la chercha vainement dans les ronces et les buissons. Revenir en arrière ?... Elle avait perdu son chemin. Alors elle marcha au hasard sur ses petites jambes. Elle marcha longtemps, elle marcha jusqu'à l'orée de la forêt. C'est alors qu'elle découvrit, à demi-masquée par une épaisse végétation, l'entrée d'une caverne. Elle se fraya un passage et entra. La caverne était profonde.
Lorsqu'elle eut fait quelques pas et qu'elle se fût habituée à la pénombre, l'enfant vit, enroulé sur lui-même comme un énorme bracelet, un serpent. Elle poussa un cri. Il dressa la tête, ouvrit les yeux comme des étoiles et la regarda. Il regarda la petite fille que Dieu seul avait pu créer. La course avait rendu son visage semblable à une rose ; les épines avaient égratigné ses pieds et ses mains. Ses vêtements étaient déchirés. Tant de beauté éblouit le serpent ; tant de grâce et de faiblesse l'émut. Il remercia Dieu dans son cœur. L'enfant tremblait. Il lui dit :
- Ne crains rien, je ne te ferai aucun mal. Mais dis-moi, petite fille, ce qui t'a conduite jusqu'à moi.
Elle était sur le point de pleurer mais entendant le serpent lui parler dans un langage humain, elle se sentit rassurée. Elle lui dit :
- Je tenais une pelote de laine : elle était lourde. Elle est tombée de mes mains et elle a roulé , roulé. Je l'ai suivie...Je l'ai perdue de vue et j'ai continué à marcher jusqu'ici.
Il prit de l'eau pour lui laver le visage, les mains et les pieds. Il la fit asseoir et lui servit à manger. Elle mangea de la galette de blé et but du lait. Dans un endroit bien abrité, il lui étendit une couche et l'y conduisit pour qu'elle se reposât.
Il faut dire que ce serpent n'était pas un véritable serpent. D'abord, il avait commencé par être un homme heureux : il possédait une maison, une femme, de nombreux champs et toutes sortes de biens et de richesses. Mais une nuit, par mégarde, il marcha sur un serpent. Ce serpent le regarda, se dressa et lui soufflant son haleine au visage, lui dit :
- Tu m'as écrasé. Tu deviendras serpent comme moi et tu le resteras tant que je vivrai, afin que les hommes te foulent aux pieds !
C'est ainsi qu'il fut changé en serpent. Il abandonna sa famille, sa maison et tous ses biens. Il déserta le monde et se réfugia dans la forêt. Il se rapprocha des bêtes, se mit à vivre à leur façon, à se nourrir de chair et de sang. Mais si son corps était celui d'un serpent, son cœur et son esprit étaient restés ceux d'un homme. Il n'avait fui ses semblables que dans la crainte d'être écrasé par eux. Mais la solitude lui était amère. Elle le minait.
Depuis longtemps il n'avait vu l'ombre d'un être humain lorsque lui apparût la fillette. C'est pourquoi, à la vue de son visage de rose et de ses petits membres fatigués, le cœur du serpent se fondit de tendresse.
L'enfant s'était endormie. Il sortit, tua deux perdrix, cueillit des légumes et des fruits , et rentra. Il alluma le feu, mit en train le repas et alla réveiller la fillette. Il lui demanda avec douceur :
- Quel est ton nom ? Quel est le nom de ton village et celui de tes parents pour que je te conduise vers eux ?
Elle répondit :
- Je m'appelle Jedjiga, mais je ne sais ni le nom de mes parents ni celui de mon village.
Le serpent qui ne pouvait reparaître aux yeux des humains se tut. Il réfléchit longuement, promena ses regards autour de lui et finit par dire :
- Tu resteras ici jusqu'à ce que Dieu t'ouvre un chemin. J'épouse ta faim et ta soif : tu seras mon enfant . Mais tu devras m'obéir et ne jamais dépasser le seuil de la caverne. Nous sommes ici dans le royaume des bêtes ; il pourrait t'arriver malheur si tu t'aventurais.
Le serpent l'éleva. Il fut pour elle à la fois un père et une mère. Il lui apprit à préparer les repas et à aimer l'ordre. Il la combla, l'entoura de tendresse. Elle lui obéit tant qu'elle était petite ; devenue adolescente, elle connut l'ennui. Elle eut la nostalgie du ciel, du soleil. Elle voulut découvrir le monde.
Le serpent la laissait souvent seule pour aller chasser et couper du bois : elle mit à profit ces absences. Tout d'abord elle se contenta de regarder timidement au travers des hautes herbes et des branches qui cachaient l'entrée de la caverne. Et puis elle s'aventura au dehors. Mais elle rentrait toujours avant que le serpent ne revint.
Un jour, un bûcheron l'aperçut et fut émerveillé. Comme il approchait pour la mieux considérer, elle disparut. De retour au village, il raconta son aventure à qui voulait l'entenre :
- J'allais couper du bois dans la forêt lorsque je vis sortir de terre une créature, une créature... une nappe d'or la couvrait jusqu'aux pieds. La lumière qui en émanait m'éblouit. Sans doute était-ce la fée gardienne de la forêt ? Je voulus m'approcher pour voir son visage, mais elle avait déjà disparu !
Cette histoire, de l'un à l'autre colportée, arriva aux oreilles du prince qui n'hésita pas à interroger le bûcheron.
- Prince, répondit le bûcheron, une créature m'est bien apparue à l'orée de la forêt. Elle était debout, contre un arbre. Etait-ce un ange, une fée ?... Son visage défiait la lumière. Une
nappe d'or l'habillait. Quand je voulus regarder de plus près, je m'aperçus qu'elle n'était plus là !
- Demain, au point du jour, tu me conduiras où elle t'est apparue, dit le prince.
Le lendemain, la jeune fille finit par se montrer à l'entrée de la caverne. La nappe d'or qui l'habillait, c'étaient ses cheveux. Et c'est tout ce que virent d'elle le prince et le bûcheron qui la guettaient à travers le feuillage. Le prince décida de rester seul pour savoir si l'étrange créature était mortelle ou fée.
La jeune fille demeura longtemps sur le seuil et puis elle rentra. Peu après, le prince vit cette chose qui le stupéfia : le serpent qui avançait debout, portant des légumes, des fruits et du gibier car, lorsqu'il était chargé, il ne rampait pas ! Le serpent déjeuna, fit la sieste(c'était l'été) et sortit à la fraîcheur pour faire sa promenade. Alors, le prince put approcher de la caverne et contempler la jeune fille. Elle se tenait appuyée à un arbre, et elle portait à sa bouche des grains de raisin. Il pensa : "puisqu'elle mange, je puis l'aborder !" Il écarta les branches et lui dit en s'avançant :
- Au nom de Dieu, je t'en prie, dis-moi qui tu es, créature !
Elle répondit :
- Je suis un être comme toi. Je suis la fille du serpent.
Il la regarda tandis qu'elle parlait, s'émerveillant de son visage épanoui comme une rose. Il l'interrogea sur son village, sur ses parents. Elle répondit :
- C'est ici, dans cette caverne, que j'ai vécu et grandi. Le serpent m'a élevée : je suis sa fille. Mais c'est à son insu que je sors. Ne va pas le lui dire, ni lui raconter que tu m'as vue surtout ! Et elle rentra.
Le prince s'en alla trouver son père ; il lui déclara :
- Je veux épouser la fille du serpent.
Le roi s'indigna. Le prince tomba malade d'un grand mal. La fièvre ne le quitta ni jour ni nuit. Le roi finit par demander :
- Mon fils, qu'est-ce qui te guérirait ?
- Laisse-moi épouser la fille du serpent, dit le prince, et tu verras que je guérirai.
Comme le prince dépérissait de jour en jour, le roi céda. Il se rendit chez le serpent et lui dit :
- Donne-moi ta fille pour mon fils.
Le serpent répondit :
- Roi, il y a sept ans qu'elle est venue à moi. Je l'ai élevée comme ma fille. Elle m'est plus chère que le haut-ciel. Mais puisque, ô roi, tu la veux, la voici : je te la confie. Comble-la de présents et veille sur elle comme je l'ai fait moi-même jusqu'ici. Quant à moi, je ne te demanderai qu'une chose : une outre de sang.
Le jour où elle devait se séparer de lui pour suivre le roi à la cour, le serpent dit à la jeune fille :
- Va ma fille, sois vaillante, va et ne regarde surtout pas en arrière mais toujours en avant !
Elle monta une jument toute caparaçonnée de soie et le roi l'escorta. Mais au bout d'un moment elle s'écria :
- J'ai oublié mon peigne !
Elle descendit de sa monture et courut vers la caverne où elle surprit le serpent en train de se repaître de sang. Elle le vit changer d'expression. Il lui dit, tout honteux :
- Ne t'avais-je pas recommandé de ne pas revenir en arrière ?...Tu t'en repentiras !
Elle s'en retourna tout effrayée vers le roi.
Elle vécut heureuse à la cour durant quelques mois. Le prince, son mari l'aimait tendrement. A la grande joie de toute la famille royale, elle mit au monde un enfant aux cheveux d'or, un enfant à sa ressemblance. Elle garda le lit quarante jours et puis, un matin, elle se leva pour se mêler à la vie de la cour. Lorsqu'elle revint vers l'enfant, il avait disparu. On le chercha partout, on remua ciel et terre pour le retrouver mais en vain.
L'année suivante, elle eut un nouvel enfant, un enfant comme le premier, à la belle chevelure d'or. Au bout de quarante jours, il disparut aussi. Le roi et la reine dirent alors à leur fils :
- Remarie-toi ! Quel bien peut-il nous venir de la fille du serpent ?
Mais le prince qui mettait son espoir en Dieu répondit à la reine et au roi :
- J'ai choisi Jedjiga pour elle-même et non pour les enfants qu'elle me donnerait.
La jeune princesse eut successivement sept garçons, sept garçons à la chevelure d'or qui tous, lui furent ravis quarante jours après leur naissance. Elle fut surnommée : "celle qui croque ses enfants". Mais le prince l'aimait toujours.
Huit ans s'étaient écoulés depuis que Jedjiga avait quitté la caverne du serpent pour la cour du roi quand un soir, elle dit au prince :
- Demain, conduis-moi vers mon père, afin qu'il me pardonne...
Il fit selon son désir.
Comme ils arrivaient près de la caverne, le prince et la princesse virent six petits garçons aux cheveux d'or qui jouaient et se poursuivaient de façon charmante. Un vieillard élevait dans ses bras le septième enfant aux cheveux d'or.
La princesse cherchait des yeux le serpent. Alors le vieillard s'avança et lui dit :
- Ne le cherche pas, c'est moi. Il y a longtemps, une nuit, j'ai marché sur un serpent par mégarde. Il s'est vengé en me rendant serpent comme lui. Mais il est mort et son pouvoir sur moi est mort.
Il dit encore :
- Le jour où tu m'as quitté pour aller vers ton époux, je t'avais recommandé de ne pas revenir en arrière. Tu es revenue et tu m'as surpris en train de boire du sang. Tu m'as humilié et je t'ai dit : "Tu t'en repentiras".
Il tendit à la princesse le bébé qu'il avait dans les bras et se tourna vers le prince :
- C'est moi, prince, qui suis venu chercher tes enfants les uns après les autres pour punir ma fille. Je les ai élevés avec tendresse, comme j'ai élevé leur mère. Sept fois, prince, tu t'es trouvé devant un berceau vide et tu n'as pas humilié ma fille. Tu l'as aimée au contraire et tu l'as protégée. Voici tes enfants... je te les rends.
Et il poussa vers lui les six enfants aux cheveux d'or.

vendredi 13 mars 2009

Jean le chanceux

Jean avait servi son maître sept ans; il lui dit:
« Monsieur, mon temps est fini ; je voudrais retourner chez ma mère ; payez-moi mes gages, s'il vous plaît. »
Son maître lui répondit : « Tu m'as bien et loyalement servi; la récompense sera bonne."
Et il lui donna un lingot d'or, gros comme la tête de Jean.

Jean tira son mouchoir de sa poche, enveloppa le lingot, et, le portant sur son épaule au bout d'un bâton, il se mit en route pour aller chez ses parents. Comme il marchait ainsi, toujours un pied devant l'autre, il vit un cavalier qui trottait gaillardement sur un cheval vigoureux.
« Ah ! se dit Jean tout haut à lui-même, quelle belle chose que d'aller à cheval! On est assis comme sur une chaise, on ne butte pas contre les cailloux du chemin, on épargne ses souliers, et on avance, Dieu sait combien ! »
Le cavalier, qui l'avait entendu, s'arrêta et lui dit :
« Hé! Jean, pourquoi donc vas-tu à pied?
— Il le faut bien, répondit-il; je porte à mes parents ce gros lingot ; il est vrai que c'est de l'or, mais il n'en pèse pas moins sur les épaules.
— Si tu veux, dit le cavalier, nous changerons; je te donnerai mon cheval et tu me donneras ton lingot.
— De tout mon cœur, répliqua Jean ; mais vous en aurez votre charge, je vous en avertis. »
Le cavalier descendit, et après avoir pris l'or, il aida Jean à monter et lui mit la bride à la main en disant:
« Maintenant, quand tu voudras aller vite, tu n'as qu'à faire claquer la langue et dire: Hop! hop! »
Jean était dans la joie de son âme quand il se vit à cheval. Au bout d'un instant l'envie lui prit d'aller plus vite, et il se mit à claquer la langue et à crier:
« Hop! hop! » Aussitôt le cheval se lança au galop, et Jean, avant d'avoir eu le temps de se méfier, était jeté par terre dans un fossé sur le bord de la route. Le cheval aurait continué de courir, s'il n'avait été arrêté par un paysan qui venait en sens opposé, chassant une vache devant lui. Jean, de fort mauvaise humeur, se releva comme il put et dit au paysan :
« C'est un triste passe-temps que d'aller à cheval, surtout quand on a affaire à une mauvaise bête comme celle-ci, qui vous jette par terre au risque de vous rompre le cou; Dieu me préserve de jamais remonter dessus! A la bonne heure une vache comme la vôtre; on va tranquillement derrière elle, et par-dessus le marché on a chaque jour du lait, du beurre, du fromage. Que ne donnerais-je pas pour posséder une pareille vache !
— Eh bien, dit le paysan, puisque cela vous fait tant de plaisir, prenez ma vache pour votre cheval. »
Jean était au comble de la joie. Le paysan monta à cheval et s'éloigna rapidement,Jean chassait tranquillement sa vache devant lui, en songeant à l'excellent marché qu'il venait de faire : « Un morceau de pain seulement et je ne manquerai de rien, car j'aurai toujours du beurre et du fromage à mettre dessus. Si j'ai soif, je trais ma vache et je bois du lait. Que peut-on désirer de plus? »

A la première auberge qu'il rencontra, il fit une halte et consomma joyeusement toutes les provisions qu'il avait prises pour la journée; pour les deux liards qui lui restaient il se fit donner un demi-verre de bière, et, reprenant sa vache, il continua son chemin. On approchait de midi ; la chaleur était accablante, et Jean se trouva dans une lande qui avait plus d'une lieue de long. Il souffrait tellement du chaud, que sa langue était collée de soif à son palais.
« Il y a remède au mal, pensa-t-il; je vais traire ma vache et me rafraîchir d'un verre de lait. »
Il attacha sa vache à un tronc d'arbre mort, et, faute de seau, il tendit son chapeau : mais il eut beau presser le pis, pas une goutte de lait ne vint au bout de ses doigts. Pour comble de malheur, comme il s'y prenait maladroitement, la bête impatientée lui donna un tel coup de pied sur la tête, qu'elle l'étendit sur le sol, où il resta un certain temps sans connaissance.

Heureusement il fut relevé par un boucher qui passait par là, portant un petit cochon sur une brouette. Jean lui conta ce qui était arrivé. Le boucher lui fit boire un coup en lui disant :
« Buvez cela pour vous réconforter; cette vache ne vous donnera jamais de lait : c'est une vieille bête qui n'est plus bonne que pour le travail ou l'abattoir. »
Jean s'arrachait les cheveux de désespoir :
« Qui s'en serait avisé! s'écria-t-il. Sans doute, cela fera de la viande pour celui qui l'abattra; mais pour moi j'estime peu la viande de vache, elle n'a pas de goût. A la bonne heure un petit cochon comme le vôtre : voilà qui est bon sans compter le boudin!
— Écoutez, Jean, lui dit le boucher ; pour vous faire plaisir, je veut bien troquer mon cochon contre votre vache.
— Que Dieu vous récompense de votre bonne amitié pour moi ! » répondit Jean; et il livra sa vache au boucher. Celui-ci posant son cochon à terre, remit entre les mains de Jean la corde qui l'attachait.
Jean continuait son chemin en songeant combien il avait de chance : trouvait-il une difficulté, elle était aussitôt aplanie. Sur ces entrefaites, il rencontra un garçon qui portait sur le bras une belle oie blanche. Ils se souhaitèrent le bonjour, et Jean commença à raconter ses chances et la suite d'heureux échanges qu'il avait faits. De son côté, le garçon raconta qu'il portait un oie pour un repas de baptême.
« Voyez, disait-il en la prenant par les ailes, voyez quelle lourdeur! il est vrai qu'on l'empâta depuis deux mois. Celui qui mordra dans ce rôti-là verra la graisse lui couler des deux côtés de la bouche.
— Oui, dit Jean, la soulevant de la main, elle a son poids, mais mon cochon a son mérite aussi. »
Alors le garçon se mit à secouer la tête en regardant de tous côtés avec précaution.
« Écoutez, dit-il, l'affaire de votre cochon pourrait bien n'être pas claire. Dans le village par lequel j'ai passé tout à l'heure, on vient justement d'en voler un dans l'étable du maire. J'ai peur, j'ai bien peur que ce ne soit le même que vous emmenez. On a envoyé des gens battre le pays ; ce serait pour vous une vilaine aventure, s'ils vous rattrapaient avec la bête; le moins qui pourrait vous en arriver serait d'être jeté dans un cul-de-basse-fosse.
— Hélas! mon Dieu, répondit le pauvre Jean, qui commençait à mourir de peur, ayez pitié de moi! il n'y a qu'une chose à faire : prenez mon cochon et donnez-moi votre oie.
— C'est beaucoup risquer, répliqua le garçon, mais, s'il vous arrivait malheur, je ne voudrais pas en être la cause. »

Et prenant la corde, il emmena promptement le cochon par un chemin de traverse, pendant que l'honnête Jean, dégagé d'inquiétude, s'en allait chez lui avec son oie sous le bras.
« En y réfléchissant bien, se disait-il à lui-même, j'ai encore gagné à cet échange, d'abord un bon rôti ; puis avec toute la graisse qui en coulera, me voilà pourvu de graisse d'oie pour trois mois au moins; enfin, avec les belles plumes blanches, je me ferai un oreiller sur lequel je dormirai bien sans qu'on me berce. Quelle joie pour ma mère! »
En passant par le dernier village avant d'arriver chez lui, il vit un rémouleur qui faisait tourner sa meule en chantant :
"Je suis rémouleur sans pareil ;Tourne, ma roue, au beau soleil !"
Jean s'arrêta à le regarder et finit par lui dire :
« Vous êtes joyeux, à ce que je vois; il paraît que le repassage va bien?
— Oui, répondit le rémouleur, c'est un métier d'or. Un bon rémouleur est un homme qui a toujours de l'argent dans sa poche. Mais où avez-vous acheté cette belle oie?
— Je ne l'ai pas achetée, je l'aie eue en échange de mon cochon.
— Et le cochon?
— Je l'ai eu pour ma vache.
— Et la vache?
— Pour un cheval.
— Et le cheval?
— Pour un lingot d'or gros comme ma tête.
— Et le lingot?
— C'étaient mes gages pour sept ans de service.
— Je vois, dit le rémouleur, que vous avez toujours su vous tirer d'affaire. Maintenant il ne vous reste plus qu'à trouver un moyen d'avoir toujours la bourse pleine, et votre bonheur est fait.
— Mais comment faire? demanda Jean.
— Il faut vous faire rémouleur comme moi. Pour cela, il suffit d'une pierre à aiguiser ; le reste vient tout seul. J'en ai une, un peu ébréchée il est vrai, mais je vous la céderai pour peu de chose, votre oie seulement. Voulez-vous?
— Cela ne se demande pas, répondit Jean ; me voilà l'homme le plus heureux de la terre. Au diable les soucis, quand j'aurai toujours la poche pleine. »

Il prit la pierre et donna son oie en payement.
« Tenez, lui dit le rémouleur en lui donnant un gros caillou commun qui était à ses pieds, je vous donne encore une autre bonne pierre pardessus le marché; on peut frapper dessus tant qu'on veut; elle vous servira à redresser vos vieux clous. Emportez-la avec soin. »
Jean se chargea du caillou et s'en alla le cœur gonflé et les yeux brillants de joie :
«Ma foi! s'écria-t-il, je suis né coiffé; tout ce que je désire m'arrive, ni plus ni moins que si j'étais venu au monde un dimanche ! »

Cependant, comme il était sur ses jambes depuis la pointe du jour, il commençait à sentir la fatigue. La faim aussi le tourmentait; car, dans sa joie d'avoir acquis la vache, il avait consommé toutes ses provisions d'un seul coup.
Il n'avançait plus qu'avec peine et s'arrêtant à chaque pas; la pierre et le caillou le chargeaient horriblement. Il ne put s'empêcher de songer qu'il serait bien heureux de n'avoir rien à porter du tout. Il se traîna jusqu'à une source voisine pour se reposer et se rafraîchir en buvant un coup; et, pour ne pas se blesser avec les pierres en s'asseyant, il les posa près de lui sur le bord de l'eau ; puis, se mettant à plat ventre, il s'avança pour boire, mais sans le vouloir il poussa les pierres et elles tombèrent au fond. En les voyant disparaître sous ses yeux, il sauta de joie, et les larmes aux yeux, il remercia Dieu qui lui avait fait la grâce de le décharger de ce faix incommode sans qu'il eût rien à se reprocher.
« Il n'y a pas sous le soleil, s'écria-t-il un homme plus chanceux que moi! »

Et délivré de tout fardeau, le cœur léger comme les jambes, il continua son chemin jusqu'à la maison de sa mère.

mercredi 11 mars 2009

La griffe du diable

À Saint-Lazare-de-Bellechasse existe un rocher où le diable y aurait, paraît-il, laissé des traces. Là-bas, tout le monde pourra vous raconter cette légende datant de 1820. Elle est même devenue la chanson-thème d'un festival.

C'était l'époque où les femmes, souvent recluses à la maison à cause de leur progéniture nombreuse, avaient peu de divertissements. Le passe-temps préféré était souvent les chicanes de voisins. Comme il n'y avait pas de télévision, pas de radio, c'était désennuyant de se chicaner un peu. Ce n'était pas méchant, mais les gens avaient tendance à se tirailler pour toutes sortes de raisons, ce qui a entraîné bien des procès pour des piquets de clôture. Et madame Therrien comme madame Comeau (noms fictifs) respectaient bien la tradition...
Un dimanche matin, alors que le reste de la famille était partie à la messe, madame Comeau décida d'aller cueillir des bleuets. Dans cette région, les bleuets poussent en abondance et n'ont rien à envier à ceux du Lac Saint-Jean. Elle amena avec elle son bébé de quelques mois qu'elle attacha solidement sur son dos, puis traversa la clôture où les bleuets semblaient plus gros et plus abondants.
Madame Therrien, qui la vit venir, sortit aussitôt et l'invectiva haut et fort:
- Que fais-tu là ?
- Je suis venue cueillir des bleuets.
- Mais ils ne sont pas à toi ces bleuets-là !
- Ils sont à moi autant qu'à toi ce sont des bleuets sauvages. C'est le Créateur qui les a mis là.- Aie ! C'est du vol ça ! Tu es une maudite voleuse !
Elles commencent à se crier des noms. Puis madame Comeau de clore la discussion en criant:
- Va donc chez le diable !
Apparut alors une créature immonde, qui n'était ni homme, ni bête.
- Vous m'avez appelée Mesdames ?
Les deux dames restaient pétrifiées. Puis, après de longues minutes, madame Comeau réagit enfin et dit à sa voisine.
- Vite, viens-t'en ici! Accrochons-nous à mon bébé. Il est pur, lui, et le diable n'a aucune emprise sur lui. C'est le seul moyen de nous sauver !

Elles ont toutes les deux enserré le bébé dans leurs bras. Comme le diable ne pouvait plus rien faire, il est devenu enragé. Il s'est mis à maugréer, à gesticuler et à griffer le rocher. Et il y a laissé des traces. Ces mêmes traces qui sont encore visibles aujourd'hui.
Madame Comeau et madame Therrien se sont réconciliées. Elles ont raconté à tout le monde comment elles avaient vaincu le diable. Une grande fête fut organisée où l'on composa un «reel» qu'on nomma: «Le reel du diable en maudit d'avoir manqué son coup.»
*1 - Chicane ; chicaner (se) querelle de mauvaise foi, sur des détails; se quereller.
*2 - Crier des noms (se) s'invectiver, s'insulter.
*3 - Reel (mot anglais) danse folklorique vive et animée.

lundi 9 mars 2009

L'homme à la peau d'ours

Il était un jeune homme qui s'engagea dans l'armée: il s'y conduisit bravement, toujours le premier devant les balles. Tout alla bien pendant la guerre ; mais quand la paix fut conclue, il reçut son congé, et son capitaine lui dit d'aller où il voudrait. Ses parents étaient morts, il n'avait plus de domicile ; il pria ses frères de le recevoir jusqu'à ce que la guerre recommençât. Mais ils avaient des cœurs durs, et ils lui répondirent qu'ils ne pouvaient rien pour lui, qu'il n'était propre à rien, et que c'était à lui à se tirer d'affaire. Le pauvre garçon ne possédait que son fusil ; il le mit sur son épaule et s'en fut au hasard.
Il atteignit une grande lande sur laquelle on ne voyait rien qu'un cercle d'arbres. Là il s'assit à l'ombre en pensant tristement à son sort : « Je n'ai pas d'argent ; je n'ai jamais appris d'autre métier que celui de la guerre, et, maintenant que la paix est faite, je ne suis plus bon à rien ; je vois bien qu'il faut que je meure de faim. »
En même temps il entendit du bruit, et, levant les yeux, il aperçut devant lui un inconnu, tout de vert habillé, assez richement mis, mais ayant un affreux pied de cheval. « Je sais ce qu'il te faut, dit l'étranger, c'est de l'argent ; tu en auras autant que tu en pourras porter; mais auparavant je veux m'assurer si tu n'as pas peur, car je ne donne rien aux poltrons.
— Soldat et poltron, répondit l'autre, sont deux mots qui ne vont pas ensemble. Tu peux me mettre à l'épreuve.
— Eh bien donc, reprit l'étranger, regarde derrière toi.Le soldat se retournant, vit un ours énorme qui courait sur lui en grondant. « Oh ! oh ! s'écria-t-il, je vais te chatouiller le nez et te faire perdre l'envie de grogner. »
Et, le couchant en joue, il l'atteignit au museau ; l'ours tomba mort sur le coup.
« Je vois, dit l'étranger, que tu ne manques pas de courage; mais tu dois remplir encore d'autres conditions.
— Rien ne m'arrêtera, dit le soldat qui voyait bien à qui il avait à faire, pourvu que mon salut éternel ne soit pas compromis.
— Tu en jugeras toi-même, répliqua l'homme. Pendant sept ans tu ne devras ni te laver, ni te peigner la barbe et les cheveux, ni te couper les ongles, ni faire ta prière. Je vais te donner un habit et un manteau que tu porteras pendant tout ce temps. Si tu meurs dans cette intervalle, tu m'appartiendras ; si tu vis au delà de sept ans, tu seras libre et riche pour toute la vie. »
Le soldat songea a la grande misère à laquelle il était réduit; lui qui avait tant de fois affronté la mort, il pouvait bien se risquer cette fois encore : il accepta. Le diable ôta son habit vert et le lui donna en disant ; « Tant que tu porteras cet habit, en mettant la main à la poche, tu en tireras toujours une poignée d'or. » Puis, après avoir dépouillé l'ours de sa peau, il ajouta : « Ceci sera ton manteau et aussi ton lit, car tu n'en devras pas avoir d'autre. Et à cause de ce vêtement on t'appellera Peau-d'ours. »
Là-dessus le diable disparut.
Le soldat passa l'habit, et, mettant la main dans sa poche, il trouva que le diable ne l'avait pas trompé. Il endossa aussi la peau d'ours et se mit à parcourir le monde, se donnant du bon temps ne se refusant rien de ce qui fait engraisser les gens et maigrir leur bourse. La première année, il était encore passable, mais la seconde, il avait déjà l'air d'un monstre. Ses cheveux lui couvraient presque entièrement la face, sa barbe était emmêlée et comme feutrée, et son visage tellement couvert de crasse que, si on y avait semé de l'herbe, elle aurait levé. Il faisait fuir tout le monde. Mais cependant, comme il donnait à tous les pauvres en leur demandant de prier Dieu pour qu'il ne mourût pas dans les sept ans, et comme il parlait en homme de bien, il trouvait toujours un gîte. La quatrième année, il entra dans une auberge, où l'hôte ne voulait pas le recevoir, même dans l'écurie de peur qu'il n'effarouchât les chevaux. Mais Peau-d'ours ayant tiré de sa poche une poignée de ducats, l'hôte se laissa gagner et lui donna une chambre sur la cour de derrière, à condition qu'il ne se laisserait pas voir, pour ne pas perdre de réputation l'établissement.
Un soir, Peau-d'ours était assis dans sa chambre, souhaitant de tout cœur le fin des sept années, quand il entendit quelqu'un pleurer dans la chambre à côté. Comme il avait bon cœur, il ouvrit la porte et vit un vieillard qui sanglotait en tenant sa tête entre ses mains. Mais en voyant entrer Peau-d'ours, l'homme, effrayé, voulut se sauver. Enfin il se calma en entendant une voix humaine qui lui parlait, et Peau-d'ours finit, à force de paroles amicales, par lui faire raconter la cause de son chagrin. Il avait perdu toute sa fortune, et était réduit avec ses filles à une telle misère, qu'il ne pouvait payer l'hôte et qu'on allait le mettre en prison. « Si vous n'avez pas d'autre souci, lui dit Peau-d'ours, j'ai assez d'argent pour vous tirer de là. » Et ayant fait venir l'hôte, il le paya et donna encore au malheureux une forte somme pour ses besoins.
Le vieillard ainsi délivré ne savait comment témoigner sa reconnaissance. « Viens avec moi, dit-il ; mes filles sont des merveilles de beauté ; tu en choisiras une pour ta femme. Elle ne s'y refusera pas quand elle saura ce que tu viens de faire pour moi. A la vérité tu as l'air un peu bizarre, mais une femme t'aura bientôt reformé.»
Peau-d'ours consentit à accompagner le vieillard. Mais quand l'aînée aperçut cet horrible visage, elle fut si épouvantée qu'elle s'enfuit en poussant des cris. La seconde le considéra de pied ferme et le toisa de la tête aux pieds, mais elle lui dit: « Comment accepter un mari qui n'a pas figure humaine? J'aimerais mieux cet ours rasé que j'ai vu un jour à la foire, et qui était habillé comme un homme, avec une pelisse de hussard et des gants blancs. Au moins il n'était que laid; on pouvait s'y accoutumer.» Mais la plus jeune dit: « Cher père, ce doit être un brave homme, puisqu'il nous a secourus; vous lui avez promis une femme: il faut faire honneur à votre parole. » Malheureusement, le visage de Peau-d'ours était couvert de poil et de crasse; sans cela on eût pu y voir briller la joie qui épanouit son cœur quand il entendit ces paroles. Il prit un anneau à son doigt, le brisa en deux et en donna une moitié à sa fiancée, en lui recommandant de la bien conserver pendant qu'il gardait l'autre. Dans la moitié qu'il donnait, il inscrivit son propre nom, et celui de la jeune fille dans celle qu'il gardait pour lui. Puis il prit congé d'elle en disant : « Je vous quitte pour trois ans. Si je reviens, nous nous marierons ; mais si je ne reviens pas, c'est que je serai mort, et vous serez libre. Priez Dieu qu'il me conserve la vie.»
La pauvre fiancée prit le deuil, et les larmes lui venaient aux yeux quand elle pensait à son fiancé. Ses sœurs l'accablaient des plaisanteries les plus désobligeantes. « Prends bien garde, disait l'aînée, quand tu lui donneras ta main, qu'il ne t'écorche avec sa patte.
— Méfie-toi, ajoutait la seconde, les ours aiment les douceurs; si tu lui plais, il te croquera.
— Il te faudra toujours faire sa volonté, reprenait l'aînée ; autrement, gare les grognements.
— Mais, ajoutait encore la seconde, le bal de noces sera gai : les ours dansent bien.»
La pauvre fille laissait dire ses sœurs sans se fâcher. Quant à l'homme à la peau d'ours, il errait toujours dans le monde, faisant du bien tant qu'il pouvait et donnant généreusement aux pauvres, afin qu'ils priassent pour lui.
Enfin, quand le dernier jour des sept ans fut arrivé, il retourna à la lande et se mit dans le cercle des arbres. Un grand vent s'éleva, et le diable ne tarda pas à paraître avec un air courroucé; il jeta au soldat ses vieux vêtements et lui redemanda son habit vert. « Un instant, dit Peau-d'ours, il faut d'abord que tu me nettoies. » Le diable fut forcé, bien malgré lui, d'aller chercher de l'eau, de laver Peau-d'ours, de lui peigner les cheveux et de lui couper les ongles. L'homme reprit l'air d'un brave soldat, beaucoup plus beau qu'il n'avait été auparavant.
Peau-d'ours se sentit soulagé d'un grand poids quand le diable fut parti sans le tourmenter autrement. Il retourna à la ville, endossa un magnifique habit de velours, et, montant dans une voiture traînée par quatre chevaux blancs, il se fit conduire chez sa fiancée. Personne ne le reconnut; le père le prit pour un officier supérieur, et le fit entrer dans la chambre où étaient ses filles. Les deux aînées le firent asseoir entre elles ; elles lui servirent un repas délicat, en déclarant qu'elles n'avaient jamais vu un si beau cavalier. Quant à à sa fiancée, elle était assise en face de lui avec ses vêtements noirs, les yeux baissés et sans dire un mot. Enfin le père lui demanda s'il voulait épouser une de ses filles, les deux aînées coururent dans leur chambre pour faire toilette, car chacune d'elles s'imaginait qu'elle était la préférée. L'étranger, resté seul avec sa fiancée, prit la moitié d'anneau qu'il avait dans sa poche, et la jeta au fond d'un verre de vin qu'il lui offrit. Quand elle eut bu et qu'elle aperçut ce fragment au fond du verre, le cœur lui tressaillit. Elle saisit l'autre moitié qui était suspendue à son cou, la rapprocha de la première, et toutes les deux se rejoignirent exactement. Alors il lui dit: « Je suis ton fiancé bien-aimé, que tu as vu sous une peau d'ours; maintenant, par la grâce de Dieu, j'ai recouvré ma figure humaine, et je suis purifié de mes souillures.» Et, la prenant dans ses bras, il l'embrassa étroitement. En même temps les deux sœurs rentraient en grand costume ; mais, quand elles virent que ce beau jeune homme était pour leur sœur et que c'était l'homme à la peau d'ours, elles s'enfuirent, pleines de dépit et de colère; la première alla se noyer dans un puits, et la seconde se pendit à un arbre.
Le soir on frappa à la porte, et le fiancé, allant ouvrir, vit le diable en habit vert qui lui dit: " Eh bien ! j'ai perdu ton âme, mais j'en ai gagné deux autres."

mardi 3 mars 2009

La caverne de la rose d'or


La Caverne de la Rose d'Or (Fantaghirò) est une série de cinq téléfilms italiens réalisés par Lamberto Bava avec Alessandra Martines et Kim Rossi Stuart.


Pour ma part, seuls les trois premiers épisodes sont à voir, car ils suivent une certaine logique. Le quatrième est dénué d'intérêt (notamment la scène finale qui est, mis à part les paroles, celle du premier volet!) et le cinquième est complètement hors sujet. Bref, mes préférés restent les deux premiers téléfilms.


Histoire: dans un pays en guerre depuis des décennies vivait un roi. Il avait deux petites filles magnifiques, Catherine l'ainée, remarquable pour son intelligence, et la belle Caroline. Cependant, la reine vint à mourir en donnant naissance à une troisième petite fille... Le roi, qui désirait un fils héritier du trône, et déchiré par la mort de sa femme, s'en prit à l'enfant et la conduisit dans la grotte de la Bête sacrée pour offrir la fillette en sacrifice. La Sorcière Blanche qui avait prédit la naissance d'une fille intervint discrètement. Le roi ouvrit alors les yeux sur son geste et décida de lui accorder la vie sauve. L'enfant s'appellera Fantaghiro. D'un tempérament rebelle au premier abord, elle se révèle d'une grande générosité et mettra tout en oeuvre pour sauver son père, son royaume et son amour...

L'intégrale de la série est sortie le 2 avril 2008.

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La légende des quatre mendiants

Il était une fois quatre garnements aux noms prédestinés. Ils s’appelaient Sans-Souci, Sans-le-Sou, Propre-à-Rien et Meurt-de-Faim. Ils vivaient au gré de leurs envies dormant la plupart du temps et ne s’éveillant que pour obtenir en mendiant le peu qui leur était nécessaire pour survivre. Mangeant peu, ne se lavant pas, ils n’étaient pas beaux à voir et n’inspiraient aucune confiance à qui avait le malheur des les croiser.
Or voilà qu’un jour, un orage d’une violence inouïe éclate et un pauvre étranger perdu leur demande l’asile en attendant que le ciel ait déversé son trop plein de colère. Bons bougres tout de même, ils laissent entrer l’étranger dans leur misérable hutte. A la fin du déluge, l’étranger les quitte non sans leur promettre de leur envoyer à chacun une boite où ils trouveraient quelque chose à planter en terre et à soigner de tout leur cœur.
Lorsque les boites arrivent, ils obéissent et plantent ce qu’ils y trouvent : plants de vigne et de figuier, noyaux d’amandes et de noisettes.
Le terrain est inculte mais les arbres y poussent et les quatre mauvais sujets apprennent même à sécher les fruits puis ils les vendent pour composer un dessert d’hiver.
Sans-Souci, Sans-le-Sou, Propre-à-Rien et Meurt-de-Faim gagnent de plus en plus d’argent et travaillent de plus en plus mais pour ne pas oublier qui ils étaient et se souvenir toujours du temps passé, ils décident d’appeler leur marchandise : Les quatre mendiants.
Aujourd’hui encore, on peut déguster ce dessert composé des quatre sortes de fruits séchés que sont les figues, les noisettes, les raisins et les amandes.
On dit aussi, et c’est peut-être vrai, que ce nom se rapporte aux quatre ordres mendiants : les raisins secs pour les Dominicains, les figues sèches pour les Franciscains, les noisettes pour les Augustins et les amandes pour les Carmes.